Avant dix heures, Driss, qui se débrouille bien en français, nous conduit à la gare à bord de sa Fiat 600 électrique rouge. Courtois, il m’ouvre la portière et la referme. Le ciel est grand bleu, sans un nuage à l’horizon, et la température approche des quinze degrés, une douceur attendue. Le trajet est plus court qu’hier. Je souhaite à Driss de belles fêtes de Noël et de fin d’année. Il me répond d'un sourire chaleureux. Cristina et son bébé Merdhi nous accompagnent dans l’ascenseur qui nous monte sur la passerelle aérienne. La jeune maman parle français avec nous. Son bambin me regarde dans les yeux avec une pointe d’interrogation. Je prends quelques photos de la gare depuis le ciel. Nous attendons au soleil. Je m’assois sur un banc. Notre train de 10:29 pour la gare de Lisboa Oriente est retardé à 11:11. Nous décidons de prendre le train de 10:21. Sur ce trajet, les places sont définies sur les billets. La chance opère. Au fond du wagon, une jeune fille, souriante et avenante, qui porte un baladeur, nous adresse un sourire complice avant de se lever pour nous laisser sa place, libérant ainsi deux sièges côte à côte. Elle va s’asseoir sur un siège vacant à côté d’un autre voyageur. Que de bienveillance ! Ce geste discret, inattendu, réchauffe le cœur comme une tasse de chocolat chaud en hiver. La chance continue. Aucun contrôle des billets n’est effectué. Le train est bondé et je pense que d’autres voyageurs du train retardé ont fait comme nous. Le wagon vibre doucement au rythme des rails. Nous arrivons à destination à onze heures dix-huit. La gare est magnifique. Une canopée de verre et de métal nous enveloppe de son ombre de rêve. Lumineuse, elle s’élève au-dessus de nos têtes, ses motifs végétaux transcendant l’urbanité et offrant une sensation de forêt enchantée.
La gare de Lisboa Oriente est l’une des grandes icônes contemporaines de Lisbonne, à la fois cathédrale de verre et principal nœud de transports de la ville. Située dans le quartier moderne du Parque das Nações, sur la rive nord du Tage, elle sert de grande plate‑forme intermodale qui regroupe des trains grandes lignes, régionaux et de banlieue, le métro, la gare routière pour les bus locaux, nationaux et internationaux, avec en plus un centre commercial et divers services publics. Le projet naît dans les années 1990, lorsque Lisbonne prépare l’Expo de 1998 et décide de restructurer l’est de la ville, alors zone industrielle dégradée. Conçue à partir de 1993 et achevée en 1998, la gare est inaugurée le 19 mai 1998, quelques jours avant l’ouverture officielle de l’exposition, et devient alors la plus grande gare intermodale du pays. L’ouvrage est signé par l’architecte‑ingénieur espagnol Santiago Calatrava, qui imagine un ensemble de viaducs ferroviaires surélevés coiffés d’une vaste toiture vitrée. La couverture, composée de rangées d’arbres métalliques, forme une sorte de palmeraie de verre rappelant à la fois les palmes gothiques d’une cathédrale et une serre futuriste, ce que deux photos montrent très bien sur les quais. Les huit voies ferrées passent en hauteur, sous la grande verrière, tandis que plusieurs étages inférieurs accueillent les galeries piétonnes, commerces, restaurants, banque et accès au métro et aux bus. Cette stratification permet de franchir l’ancienne coupure ferroviaire et de relier aisément les deux parties du quartier tout en organisant clairement les flux de voyageurs. Juste en face, relié par des passages intérieurs, se trouve le centre commercial Vasco da Gama, dont nous voyons l’entrée vitrée sur une autre photographie, avec ses boutiques et une grande zone de restauration, pratique entre deux trains. Autour de la gare, le Parque das Nações offre d’autres architectures contemporaines. La promenade au bord du fleuve invite à la flânerie et l’Océanarium promet une immersion dans la magie des fonds marins — autant de raisons de revenir sans hâte dans ce quartier vivant.
Dans les minutes suivantes, nous sommes à bord de la Dacia Sandero Stepway blanche de José. La chance continue de se manifester : notre chauffeur parle français. La conversation s'engage naturellement. Nous bavardons durant le trajet jusqu’à Setúbal. Le paysage urbain cède progressivement la place à des étendues aquatiques, baignées de magie. Nous traversons le magnifique pont à haubans Vasco de Gama, colossal ouvrage de dix-sept kilomètres qui enjambe l’estuaire du Tage et se perd dans l’horizon bleuté. Inauguré en 1998 pour célébrer les cinq cents ans de l’arrivée du navigateur éponyme aux Indes, ce deuxième plus long pont d'Europe déploie ses pylônes de béton de cent-cinquante mètres de haut au-dessus des eaux, portant six voies de circulation sur une largeur de trente mètres. Les haubans dessinent une attrayante géométrie contre le ciel, telle une harpe géante tendue au-dessus des flots. Conçu pour résister à des vents violents et à un séisme quatre fois et demi plus puissant que le terrible tremblement de terre de 1755, cet exploit d'ingénierie relie désormais Lisbonne aux communes de Montijo et d'Alcochete, désengorgeant le pont du 25-Avril et permettant à plus de soixante mille véhicules de franchir quotidiennement l’estuaire.
Après une trentaine de minutes, José nous dépose devant le numéro 27 Avenida 22 de Dezembro 27 à Setúbal. Nous le remercions chaleureusement pour la course et pour sa ponctualité. María et son mari nous accueillent. Nous montons au onzième étage où notre nouveau chez-nous, traversant, domine la ville et les alentours. Depuis les fenêtres, la baie de Setúbal et les premiers reliefs de la Serra da Arrábida s’étendent à perte de vue, baignés de lumière. Le couple nous montre tout ce qu’il est nécessaire de connaître pour un séjour de bien-être. Nous allons déjeuner au restaurant végétarien Artena Cozinha qui se trouve, opportunément, juste à l’entrée de notre résidence. Une assiette colorée avec un burger végétal s’offre à nos yeux et à nos papilles. Les saveurs sont franches, les textures variées, et chaque bouchée révèle un soin particulier dans la préparation. Après le repas, nous allons au Mercado do Livramento où une charmante jeune fille nous sert des oléagineux et des arachides avec un sourire qui illumine son visage. Ensuite, nous entrons dans le supermarché Pingo Doce, situé tout à côté. Mafalda nous accueille à la caisse. Elle me tend la main avec un sourire éclatant quand je lui dis : boa tarde. Ce geste simple, inhabituel dans un supermarché, me touche par sa spontanéité chaleureuse. Nous apportons les courses dans l’appartement et nous allons au supermarché Continente, situé à quelques minutes à pied. Après des emplettes, nous revenons chez nous alors que la lumière de l'après-midi commence à décliner doucement sur la ville…

















































De beaux commentaires et de joies photos avec en dernier le Pont du Gard en miniature . C'est original . Très bonne arrivée au Portugal et un très bon séjour au pays de Vasco de Gama . A la prochaine lecture de votre voyage . Gros bisous à tous les deux
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