mardi 31 mars 2026

Christophe Colomb au Palacio de la Merced...

    Patrick et moi arrivons devant le Palacio de la Merced, cet imposant palais baroque dont la façade ocre et blanche s’élève fièrement sous le soleil andalou, encadrée d’un jardin verdoyant et d’une plaque commémorative qui raconte déjà ses origines médiévales. Nous admirons sa porte massive ornée de sculptures exubérantes, vestige d’un couvent fondé en 1236 par Ferdinand III le Saint, roi de Castille.

    Imaginez Christophe Colomb, ce navigateur audacieux, y séjournant incognito dans les années 1480, attendant une audience avec les Rois Catholiques ; en gratitude, un moine mercédaire l’accompagna en Amérique pour célébrer la première messe sur le Nouveau Monde.

    Fin 1480, Colón s’installe à Córdoba pour plaider sa cause auprès de la cour royale, alors itinérante en Andalousie. Les moines mercedarios, ordre dédié au rachat des captifs chrétiens, l’accueillent dans leur couvent, fondé par Ferdinand, édifié sur les ruines d’une basilique wisigothique où les moines mercédaires priaient pour la rédemption des captifs. Ce séjour, qui dura plusieurs années, se déroule dans l’attente de la chute de Grenade en 1492, moment où les souverains acceptent enfin de financer l’expédition.

    Au XIXe siècle, après la desamortización — un processus historique et économique du XIXe siècle en Espagne, consistant à exproprier et vendre les biens ecclésiastiques ou communaux dits « mains mortes » (propriétés inaliénables détenues par l’Église, les couvents ou les municipalités) via des enchères publiques afin de renflouer les caisses de l’État — le lieu devint un hospice surpeuplé abritant jusqu’à mille orphelins. En 1978, un ancien pensionnaire, furieux d’un refus d’emploi, incendia l’église, détruisant un retable majeur andalou ; sa restauration, achevée en 2014, recréa l’œuvre à partir de photos.

    Le Palacio de la Merced fut restauré et transformé en palais administratif en 1960 par l’architecte Rafael de la Hoz Arderius. Le palais administratif actuel occupe l’emplacement et intègre les structures de l’ancien couvent de la Merced Calzada, fondé au XIIIe siècle….












Palacio de la Merced








Pensée du jour

 L'oppression est l'action qui consiste, par la violence ou la menace d'exercer la violence, donc par la coercition, à forcer les subalternes à obéir aux dominants, aux normes, règles, privilèges, devoirs et interdits qu'ils veulent imposer.


Francis Dupuis-Déri

lundi 30 mars 2026

Procession pascale à Cordoue...


Vers dix-huit heures, depuis notre balcon surplombant la Plaza San Ignacio de Loyola, une procession pascale solennelle se déploie dans les ruelles pavées de Cordoue, où une file disciplinée de nazarenos (pénitents) en longues robes blanches et capirotes (coiffes) coniques avance au rythme lancinant de saetas (chants religieux improvisés) et de tambours assourdissants. Les deux pasos (chars processionnels), richement ornés de fleurs et de lumières vacillantes, dominent la scène : l’un porte Notre Père Jésus Humilde (Humble) couronné d’épines, l’autre la Vierge de la Merced (Miséricorde) sous un dais de brocart, escortés par des fidèles recueillis au milieu des terrasses animées et des balcons fleuris. Cette vision, capturée en ce Lunes Santo (lundi saint), incarne l’âme vibrante de la Semana Santa (Semaine sainte) cordouane, mêlant ferveur pieuse et héritage culturel millénaire...





À Cordoue, les petits jardins nichés enchantent les sens éveillés...

 Poème d’Antonio Gala extrait de « Los patios » :

Les fleurs chantent plus que les oiseaux

En cage de pot au mur suspendue

Leur voix éclate vive et parfumée

Dépasse les chants des passereaux