Après le déjeuner chez nous, devant l’entrée de la résidence, nous validons la commande d’une course en voiture sur l’application Bolt qui fonctionne de manière similaire à Grab, celle que nous avons utilisée en Asie du Sud-Est l’hiver passé : nous commandons un trajet via l’application, le prix estimé apparaît avant la course et le paiement se fait par carte de crédit ou de débit sur l’instant. Renato arrive dans les minutes suivantes. Pour deux euros dix centimes, il nous conduit dans sa Renault Mégane grise à notre destination, distante de deux à trois kilomètres. Il nous dépose devant le premier centre commercial de la région de Setúbal qui déploie sa magie hivernale sous les verrières dorées, captant la lumière de décembre. L'Alegro Setúbal, inauguré en 2015, se dresse en sentinelle moderne face à la Serra da Arrábida et au rio Sado, mariant l'architecture contemporaine aux paysages ancestraux du Portugal.
Nous entrons. Sous le grand totem de verre coloré qui signale l’entrée, Patrick et moi avons l’impression de pénétrer dans une lanterne géante posée aux portes de la ville. Les pans jaunes, verts et pourpres de la façade filtrent la lumière de l’après‑midi et la transforment en éclats chauds qui se reflètent sur le bassin où un dauphin suspendu s’apprête à plonger, telle une mascotte aquatique rappelant la proximité de l’estuaire du Sado. À l’intérieur, les mêmes tonalités lumineuses se prolongent dans les puits de lumière qui baignent les galeries. Le grand hypermarché Auchan pulse comme un cœur d’abondance : là se croisent les caddies débordant de provisions, les familles venues pour les achats de fête, les retraités qui prennent le temps de comparer vins, douceurs et poissons, tout en papotant. Devant les caisses, les enseignes portugaises se mêlent aux marques internationales, animant le quotidien des courses à l’effervescence des préparatifs de Noël. Les clients circulent sur une large allée aux damiers noirs et blancs, les bras chargés de paquets. Nous trouvons tous les articles de notre liste. Nous nous promenons ensuite sur les deux niveaux du centre. La galerie devient promenade urbaine sous plafond de verre, ponctuée de canapés confortables où les habitants de Setúbal viennent faire une pause, téléphone à la main ou sac de shopping posé à leurs pieds. Les façades des magasins et des boutiques dessinent des allées où nous flânons à l’abri du vent atlantique, tout en gardant, par endroits, une vue discrète sur les collines alentour. Nous nous offrons un temps de détente au café Batikano’s qui s’ouvre partiellement sur le paysage : un cappuccino, une douceur et une infusion citronnée.
En cette saison, la magie des fêtes s’empare des volumes avec une générosité presque théâtrale. Des cascades de guirlandes descendent de la verrière, tissées de milliers de points lumineux qui transforment l’air en poussière d’étoiles ; d’immenses suspensions dorées et cuivrées flottent comme des astres baroques au-dessus des escaliers mécaniques, et au rez‑de‑chaussée un petit train rouge entraîne les enfants dans un tour de piste autour d’un village miniature. Avant de sortir, je photographie un personnage déguisé en Grinch facétieux à la fourrure verte qui déclenche les rires, tandis que les annonces promotionnelles d’Auchan se mêlent aux mélodies de Noël.
Le Grinch est un personnage de fiction créé par l’auteur américain Theodor Seuss Geisel, plus connu sous le nom de Dr. Seuss, dans un album pour enfants publié en 1957, How the Grinch Stole Christmas. C’est une créature au pelage vert, vivant isolée avec son chien Max sur le mont Crumpit. Il déteste Noël au point de vouloir en voler les cadeaux et les décorations pour gâcher la fête du village voisin. Dans l’esprit anglo-saxon, le nom grinch est devenu un nom commun pour désigner quelqu’un de rabat-joie ou de grognon, surtout face à la période de Noël. Pourtant, dans l’histoire, son cœur finit par se métamorphoser : touché par la joie des habitants malgré la disparition des cadeaux, il renonce à sa haine, rend tout ce qu’il a volé et devient lui-même une figure paradoxale mais centrale de l’imaginaire de Noël, critique du consumérisme autant qu’icône populaire.
Nous quittons le centre commercial qui ressemble à une place publique contemporaine, où l’on vient autant pour se retrouver que pour consommer. Entre le scintillement des décorations, le parfum de café chaud, le bruissement continu des conversations et la lumière colorée qui filtre de la tour vitrée, l’ensemble compose un attrayant paysage intérieur : une agora de la vie quotidienne, transfigurée le temps des fêtes en écrin lumineux pour les rencontres, les courses et les petits rituels d’hiver de toute une ville. Felipe nous ramène chez nous à bord de sa Citroën C3 grise…




















Bonjour à tous les deux, dé bien belles photos encore . C'est toujours un plaisir de vous lire . A très bientôt . Gros bisous 😘😘
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