dimanche 14 décembre 2025

Samedi 13 décembre 2025 - Escapade de rêve à Lisbonne...

    Patrick et moi prenons le train en gare de Setúbal, sous le regard ahuri et joyeux d’une statue d’enfant géant qui semble jouer à retenir les voyageurs avant qu’ils ne s’évadent vers la capitale. Le ciel est grand bleu, la température grimpe lentement vers les vingt degrés et le soleil nous offre ses rayons bienfaiteurs. Assise devant nous, une jeune fille arbore un tee-shirt avec des photos de Brigitte Bardot ; j’en fait la remarque. Elle me sourit. J'ignore si Brigitte a lu mon roman Apavudia, envoyé en cadeau l'année dernière pour ses quatre-vingt-dix ans. Au fur et à mesure que le convoi approche de Lisboa, le nombre de voyageurs va crescendo. Le train est bondé et les personnes qui montent à bord dans les dernières stations restent debout ou s’assoient sur les marches des escaliers, le wagon étant composé de deux niveaux. Nous traversons le fleuve Tage. Alors que le train roule sur le Ponte Vinte e Cinco de Abril, après la gare de Pragal, nous voyons, avec surprise, dans le paysage le Christ de Rio de Janeiro. Cette réplique est née de l’idée du patriarche de Lisbonne, le cardinal Manuel Gonçalves Cerejeira, après une visite à Rio. Le sanctuaire du Christ-Roi (Cristo Rei) domine le Tage depuis le plateau de Pragal, dans la commune d’Almada, en face de Lisbonne. Ce Christ Rédempteur est devenu l’un des symboles religieux et paysagers de la région de Lisbonne. Le parc autour de la statue est accessible librement et l’on peut monter, en payant, à la plate-forme panoramique près des pieds du Christ, après un ascenseur et un escalier. De là, la vue embrasse Lisbonne, le pont du 25‑Avril, le Tage et la côte jusqu’à l’Atlantique, ce qui en fait un lieu très prisé autant par les pèlerins que par les voyageurs.

    Peu avant onze heures trente, nous arrivons à la gare de Campolide. L’aqueduc des Eaux libres, dressé comme un collier de pierre au-dessus de la vallée, nous apparaît dans toute sa majesté, arc après arc, souverain et impavide. Nous quittons la gare, gagnons les rues inondées de lumière et prenons la direction du restaurant végétarien Oasis, tandis que des avions de ligne s’élèvent au-dessus de nos têtes dans le ciel bleu, nous rappelant que d’autres voyages se trament partout ailleurs. Des ouvriers en gilets de sécurité fluorescents et casques blancs travaillent sur deux plateformes, en perpendiculaire, suspendues le long d'un gratte-ciel. Ils effectuent des travaux dans le ciel bleu sur les façades de couleur beige, leurs nacelles métalliques accrochées aux câbles de confiance. L’Oasis porte bien son nom : la déco fait la part belle au rêve et les assiettes colorées nous régalent. Le règlement du repas devant s’effectuer en espèces, Patrick disparaît un instant vers une banque voisine, laissant sur la table une addition en attente comme une ponctuation suspendue, puis revient avec les billets nécessaires, refermant ce petit interlude prosaïque. Nous saluons notre souriante hôtesse et nous nous mettons en marche pour franchir un autre seuil, celui du domaine de feu Calouste Gulbenkian, dont nous ne connaissons encore que le nom — telle une promesse murmurée —, prêts à entrer dans l’univers des collections d’art et des jardins qu’il a légués à la ville.

    Nous découvrons le magnifique parc, comme une île de bien-être au cœur de Lisbonne, où le béton lisse des bâtiments se mire dans l’eau sombre des étangs et semble y déposer ses songes, filtrés par la lumière. Le parc est ouvert à tout un chacun : des personnes lisent, d’autres pique-niquent, d’autres rêvassent au soleil, d’autres bavardent tranquillement — une autre oasis dans la ville. Un château, aux façades crénelées doté d’une haute tour, domine le parc. Il s’agit du Palácio Pimenta, un palais du XVIII siècle remanié dans un style néo‑médiéval, qui abrite aujourd’hui une partie du Museu de Lisboa. 

    Soudain la magie de l’instant présent nous offre de rencontrer le poète Sousa Rui, qui signe et diffuse ses textes sous l’appellation : ruipoemaderua [littéralement  Rui poème de rue]. Nous bavardons plaisamment. Il nous propose d’emporter un de ses poèmes. Nous lui donnons un billet — merci l’Oasis — pour le remercier, car il semble vivre de ses oeuvres. Auteur contemporain portugais, actif surtout sur les réseaux sociaux et dans des événements poétiques, il publie des poèmes et des textes courts et sensibles, souvent liés au quotidien, à l’amour et à une forme de philosophie, parfois du doute, dans une langue volontairement simple et accessible. Nous avons la joie de l’entendre de temps à autre dans la langue de Molière. Nous nous séparons avec des sourires et des vœux pour les fêtes et pour une belle vie.

    Ailleurs dans le parc, sous les arbres dépouillés, un couple de mariés se laisse guider par une photographe attentive, la robe blanche glissant sur le gravier doré, éclat fragile parmi les ombres vertes des bambous qui dessinent des tonnelles et des passages secrets pour les amoureux. Plus loin, les sentiers serpentent à fleur d’herbe, s’enfoncent entre les cannes fines, s’interrompent sur de petites passerelles de pierre ; nous franchissons avec allégresse le miroir des ruisselets, parfois charmés par la présence de beaux canards colorés qui barbotent joyeusement. Autour de nous, le parc respire par d’autres hôtes : une tortue immobile sur un rocher tiède, d’autres canards qui fendent avec douceur la surface d’un bassin, un petit oiseau au bec rouge posé sur une tige de palmier, étonnant messager venu d’un ailleurs tropical. Dans cette parenthèse de lumière, où l’architecture se fait vaisseau de bois suspendu au-dessus des regards et où les voix se perdent parmi les feuillages, tout semble participer pour que le temps se mette à rêver lui aussi, à la manière d’un long après‑midi d’automne qui ne voudrait plus finir.

    Nous quittons ce petit paradis, le cœur léger, et gagnons le proche Starbucks du centre commercial El Corte Inglés. Un écran géant tapisse la façade ; une publicité de Bolt apparaît. Jasmine, au sourire éclatant, nous accueille derrière le comptoir avec une bienveillance enjouée. La salle vibre de conversations mêlées. Des convives œuvrent sur leur ordinateur portable. Nous savourons lentement nos boissons : cappuccino et lait d’avoine. Patrick emporte dans un sac deux généreuses parts de cake au citron, promesse pour le dîner. Face à nous, au-delà de la paroi vitrée, quatre édifices d’angle, quatre anciens quadruplés, se côtoient comme de grands personnages urbains qui dialoguent silencieusement deux par deux.

    Après cette halte, qui tient à la fois du refuge et du poste d’observation sur l’extérieur, nous reprenons la route vers la gare de Sete Rios. En chemin, un talentueux jongleur retient mon pas : au feu rouge, ses balles et ses quilles tracent dans l’air des arabesques précises devant les voitures immobilisées, transformant quelques secondes d’attente en scène de théâtre miniature. Lorsque le feu passe au vert, les véhicules s’échappent d’un seul mouvement. La générosité des prochains conducteurs se manifestera peut-être. À seize heures, nous montons dans le train ; le quai noir de monde bourdonne des conversations. La chance bienveillante nous offre deux sièges proches l’un de l’autre, comme si cette journée n’avait point encore dit son dernier mot de douceur.

    La soirée nous offre de vivre d’autres instants de magie avec Les Chroniques de Spiderwick, un film fantastique sorti en 2008, adapté de la série de romans pour la jeunesse, écrite par Holly Black et illustrée par Tony DiTerlizzi. Réalisé par Mark Waters, il met en scène une famille qui découvre un monde invisible peuplé de créatures magiques après avoir emménagé dans le vieux manoir familial… L’actrice Joan Plowright qui joue la tante Lucinda Spiderwick, nous fait penser à notre amie Alice, plus jeune, qui nous suit avec ferveur sur notre blog…










































































Joan Plowright

1 commentaire:

  1. Encore un beau texte qui me ravit et me rappelle mon voyage au Portugal avec mon fils il y a bien longtemps déjà ... Nous étions monté dans la statue du Christ Roi . Et effectivement la. vue est superbe . Que de belles photos qui font du bien aux yeux . Vous avez une température idéale pour la saison car ici seulement 4 petits degrés !

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