samedi 7 mars 2026

La Tour de Belém et le Padrão dos Descobrimentos à Lisboa...

 

    Nous déjeunons chez Honest Greens, où Helder nous accueille avec le sourire ; il nous reconnaît. Le repas achevé, nous commandons une voiture. Anjan nous prend à bord de sa Renault Zoé, couleur dazur et d’océan, et nous dépose, quinze minutes plus tard, sur la Doca do Bom Sucesso. Garée le long du trottoir d’en face, un véhicule singulier accroche mon regard : une sorte de buggy électrique à deux places à carrosserie ouverte, entièrement vert, portant fièrement les mots Spinach Tours.


    Puis elle apparaît. La Tour de Belém se dresse au bord du fleuve comme une sentinelle de pierre et de rêve. Érigée entre 1516 et 1521 sur ordre du roi Manuel I, elle fut pendant des siècles la dernière figure du Portugal que contemplaient les navigateurs avant de s’élancer vers l’inconnu. Forteresse, phare, porte symbolique de l’empire, elle incarne à elle seule la démesure des Grandes Découvertes : ses mâchicoulis dentelés, ses tourelles en poivrière, ses balcons finement ciselés dans le calcaire semblent avoir été sculptés non par des hommes, mais par les vagues elles-mêmes. Aujourd’hui, fermée au public pour cause de travaux de rénovation, elle demeure inaccessible — mais sa beauté se reflète dans son aura historique. Autour, de ravissants comptoirs proposent en-cas et boissons. Nous flânons sous le soleil avec l’impression douce d’être les héritiers d’une époque où le monde n’avait point encore de frontières définies.


    Dans le décor environnant, une forme étrange capte soudain les regards : une pyramide. Nous approchons. Il s’agit du Monumento aos Combatentes do Ultramar, le Mémorial aux combattants d’Outre-mer. Inauguré en 1994, cet imposant obélisque de granite rend hommage aux soldats portugais tombés lors des guerres coloniales en Afrique (1961–1974), en Angola, au Mozambique et en Guinée-Bissau. À son pied, des noms gravés dans la pierre — des années de jeunesse englouties ! C'est un lieu de mémoire sobre et touchant, qui invite au recueillement au cœur même de ce quartier de gloire et d’histoire. C’est alors que nous assistons, de manière tout à fait fortuite, à la relève de la garde — ce rituel solennel où les soldats en uniforme se succèdent au pas cadencé.


   Nous poursuivons notre chemin vers le Padrão dos Descobrimentos. Nous longeons la marina, où des voiliers se balancent doucement. Une jeune femme joue de l’accordéon, et la mélodie flotte sur l’air iodé. Nous croisons un phare — le Farol de Belém, petit phare cylindrique blanc rayé docre planté au bord du Tage, qui guidait autrefois les embarcations à l’entrée du fleuve, et qui aujourd’hui veille sur les promeneurs comme un vieux marin à la retraite. Progressivement, le Monument des Découvertes dévoile sa magnificence. Là, au bord du Tage, s’élève une œuvre qui arrête le souffle. Le Padrão dos Descobrimentos — inauguré en 1960 pour commémorer le cinq-centième anniversaire de la mort d’Henri le Navigateur — prend la forme d’une proue de caravelle fendant le ciel, haute de cinquante-six mètres, comme si le Portugal tout entier s’apprêtait encore à prendre la mer. Sur ses flancs, trente-trois figures de pierre avancent en cortège silencieux vers l’Atlantique : Vasco de Gama qui ouvrit la route des Indes, Pedro Álvares Cabral qui toucha les côtes du Brésil, Magellan qui boucla pour la première fois le tour de la Terre, Luís de Camões qui chanta leurs exploits en vers immortels — et tant d’autres, cartographes, missionnaires, marins d’une époque où partir signifiait peut-être ne jamais revenir. Au sommet de cette proue de pierre, Henri le Navigateur tient une caravelle dans les mains, les yeux tournés vers l’horizon. Ces hommes de granit vivent un vertige de pierre face à l’immensité bleue. Le monument célèbre, non la conquête, mais le courage — cette soif d’aventure qui pousse les hommes à quitter le connu pour aller chercher, au-delà du monde cartographié, ce que personne encore n’a vu.


    À distance, le Mosteiro dos Jerónimos déploie sa façade manuéline comme une dentelle de pierre dorée. Une jeune femme chante au micro, assise sur le socle en marbre d’un de ces grands globes terrestres en métal ajouré qui abritent des haut-parleurs. Sa voix puissante vibre d’émotion. Je m’approche et lui glisse quelque argent. Ses yeux sont sur moi. Elle m’offre un sourire radieux, posant doucement sa main libre sur son cœur. Nous renonçons à grimper au sommet du monument, d’où l’on peut observer, avec le recul nécessaire, la splendide Rose des vents en marbre offerte par l’Afrique du Sud en 1960 — cinquante mètres de diamètre représentant une mappemonde avec les routes des explorateurs portugais et les dates de leurs découvertes, gravées dans la pierre comme un atlas de l’audace humaine.


    Le soleil ardent joue avec les nuages. Sur le Tage, des voiliers se promènent en silence. Au loin, le pont Vasco de Gama — non, c’est le pont du 25 Avril, son grand frère aux haubans rouges, inauguré en 1966, qui rappelle irrésistiblement le Golden Gate de San Francisco. L’espace d’une seconde, je me demande sur quel continent je me trouve. Le pont rouge, inauguré en 1966, long de 2 277 mètres, fut construit par l’entreprise américaine qui édifia le Golden Gate. Des oiseaux traversent le ciel ; certains, figés par l’objectif, semblent sculptés dans l’air comme des signes laissés par le vent. Une petite mer de trottinettes — Bird et Bolt principalement — permet de venir et de repartir du site avec le sourire, visage au vent.


    Après ce long moment de beauté et de bien-être, nous reprenons la route en longeant l’Avenida Brasília — un autocollant TVDE sur le pare-brise du véhicule (Transporte em Veículo Descaracterizado a partir de plataforma Eletrónica) identifie les voitures de tourisme avec chauffeur dont la course se commande via une application numérique...



















































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