samedi 14 mars 2026

Pastelaria Benard à Lisbonne...


    Patrick et moi vivons des instants de détente gourmande, dans le flot du temps de cette maison célèbre. Depuis 1868, la Pastelaria Benard veille sur le Chiado comme une vieille âme bienveillante, traversant révolutions, régimes et générations sans jamais perdre son élégance aristocratique — fondée par Elie Benard, ce Français visionnaire qui transforma un simple salon de thé en temple de la douceur lisboète. Le temps semble suspendu ici : l’horloge de J. Botelho, fière sentinelle de Lisboa, égrène ses heures romaines au-dessus d’un piano noir verni où brûlent encore des bougies rouges, tandis que les lambris en acajou, le plafond en stuc fleuri et les grandes toiles à l’huile représentant la Praça do Chiado rappellent que ces murs ont été les témoins silencieux de conversations illustres.


    Dehors, sur les pavés en kaléidoscope de la place, les parapluies s’ouvrent comme des fleurs sous un ciel gris perle, et pourtant la terrasse Benard déborde de vie ; à l’intérieur, l’escalier en colimaçon en fer forgé monte vers un mystérieux étage baigné de lumière zénithale, entouré de lanternes dorées et d’une affiche Art Nouveau vantant Antibes et la Côte d’Azur — un vestige d’une Europe de grand voyage.


    Les deux dames assises à ma droite, avec la simplicité tranquille des habituées, m’indiquent que ma part généreuse et dorée est une tarte de amêndoa — une tarte aux amandes feuilletée et frangipane, spécialité emblématique de la maison — que je déguste avec une camomille dans la porcelaine blanche de Benard, pendant que Patrick savoure un chocolat chaud épais, les deux tasses posées sur le journal-set illustré de vieilles photographies sépia rappelant les origines glorieuses de cette maison qui, comme le disait si bien son fondateur, fait désormais partie de l’identité et de la mémoire de Lisbonne elle-même. Avant de quitter ce lieu emblématique, nous saluons Fernando, notre sympathique serveur et les dames…















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