lundi 15 décembre 2025

Réflexions insignifiantes de Patrick...

 
La société, les jeunes et les adultes

    Le problème n’est pas l’adolescence ni la jeunesse, mais ce que deviennent ceux qui survivent jusqu’à l’âge adulte ; toutes les trahisons silencieuses que chacun finit par s’infliger pour atteindre ce qu’on appelle l’âge des responsabilités.
    Mais, au fond, les adultes assument-ils réellement ces fameuses responsabilités ? Il suffit d’observer avec quelle désinvolture ils mentent pour s’y soustraire, avec quelle aisance ils rejettent sur autrui les fautes qu’ils n’ont pas eu le courage d’endosser.
    Et d’abord, que signifie ce mot : responsabilité ? S’agit-il d’une véritable exigence éthique envers la société, ou bien d’un simple devoir d’obéissance grimé sous un terme noble ? Quand on voit avec quelle facilité les autorités dissimulent leur hypocrisie, leurs idéologies ou leurs prédations derrière l’écran de la “responsabilité”, je doute profondément que ce mot conserve encore un sens véritable dans notre société.
    Finalement, que reprochent exactement les adultes aux adolescents et aux jeunes ? De vouloir transformer la société, de refuser de s’y fondre docilement ? Mais n’est-ce pas, au contraire, faire preuve d’un regard lucide que de remettre en question la nature même de ce monde ? Car, en vérité, que leur apporte-t-elle, cette société tant vantée : la sécurité, la prospérité ? Aucune civilisation n’a su tenir une telle promesse. La sécurité est une chimère rassurante, et la prospérité, si tant est qu’elle existe, demeure le privilège d’une minorité.
    Si l’on observe honnêtement le fonctionnement de nos institutions, on ne peut qu’en tirer ce constat désolant : la société tend le plus souvent à se construire contre l’humain plutôt que pour lui. Et parfois, je me surprends à penser que les adolescents et les jeunes, avec leur intransigeance et leur soif de vérité, seraient sans doute plus aptes que leurs aînés à gouverner ce monde qu’ils n’ont pas encore appris à trahir.
    Peut-être pensez-vous que j’exagère. Vous en avez le droit. Mais accordez-vous, je vous invite à un instant de réflexion. Dites-moi : qu’est-ce qui, réellement, fonctionne dans notre société ? Votre existence y est-elle paisible, épanouissante ? Avez-vous le sentiment que votre vie compte, que vous êtes autre chose qu’un rouage obéissant d’un mécanisme qui vous dépasse, que vos choix ont encore quelque poids ?
    Si votre réponse est non, alors il faut en tirer la conclusion la plus simple et la plus dure : cette société n’a pas été faite pour vous. Dès lors, une seule question demeure — que ferez-vous pour qu’elle devienne enfin humaine, pour qu’elle reconnaisse votre existence et s’en soucie véritablement ?

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Arriver d’où on vient

    La société vous dépouille lentement de vos certitudes, effiloche vos espoirs, éteint vos rêves, puis vous affuble du masque d’un pantin docile, façonné pour ses propres desseins. À l’issue de ce long lessivage, vous n’êtes plus un être humain : vous devenez un outil. Un outil nécessaire à la perpétuation du système.
    Et pour que ce système perdure, tout est acceptable. Le nombre de morts importe peu. La souffrance infligée n’est qu’un coût. Les drames deviennent des dommages collatéraux. À l’image de tout organisme mécanique, froid et sans cœur, la société n’obéit qu’à un seul impératif : sa propre conservation. 
    Si vous croyez, ne serait-ce qu’un instant, que la société œuvre pour votre bonheur, pour votre protection, ou même pour l’humain en tant que tel, je suis désolé de vous l’apprendre : tel n’est pas son dessein. Ouvrez les constitutions, lisez les lois, observez les règles qui régissent nos vies, et le constat s’imposera avec amertume : l’être humain n’y occupe aucune place centrale.
    Pour elle, nous ne sommes que des rouages anonymes dans l’immense machine sociétale. Vous ou un autre, peu importe. Elle n’exige qu’une chose : des pièces interchangeables, prêtes à obéir et à la servir.

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