lundi 16 mars 2026

De Lisbonne au Portugal à Mérida en Espagne par la route...

 

    Nous quittons l’appartement avant dix heures. Antonio nous conduit à Mérida à bord d’une Dacia noire, sous un ciel d’un grand bleu sans réserve. Dans une rue, une mamie se déplace allègrement sur une planche à roulettes — quelle agréable apparition ! Nous traversons le pont du 25 avril, où le Christ Roi se découpe au travers des haubans dans une vision surréaliste. Les kilomètres se succèdent, le paysage s’étire. Le Castelo de Évora Monte se dresse à distance sur sa colline, bientôt suivi d’Estremoz qui se dévoile à son tour sur les hauteurs. La circulation est clairsemée.


    Puis voici Elvas, que nous côtoyons avec un sentiment de révérence. Tour à tour occupée par les Celtes, les Romains, les Wisigoths et les Maures, la ville connaît une forte expansion sous l’occupation musulmane avant d'être intégrée au royaume du Portugal au XIII siècle. Gardant le passage stratégique entre Lisbonne et Madrid, elle fut fortifiée de manière extensive du XVII au XIX siècle, devenant le plus grand système défensif de remparts à douves sèches du monde. Le magnifique fort de Nossa Senhora da Graça, véritable œuvre d’architecture militaire du XVIII siècle, dont les fortifications forment une vaste étoile, veille toujours sur les collines environnantes. Le site s’enorgueillit aussi de l’aqueduc d’Amoreira, construit pour permettre à la ville de résister à de longs sièges. Depuis 2012, l’ensemble est inscrit au patrimoine mondial.


    Nous entrons en Espagne à midi. Quarante-cinq minutes plus tard, Antonio nous dépose devant l’hôtel Ilunion Mérida Palace — un palais Renaissance en pierre de granit aux fenêtres gothiques et aux ferronneries ouvragées, ancré dans la ville comme un témoin de ses propres fastes. Sa conduite a été régulière et plaisante. Nous lui donnons une gratification. Il pose la main sur son cœur en nous remerciant.


    Rebeca nous accueille et nous attribue la chambre 226, déjà prête. Nous allons ensuite déjeuner, en face, sur la place d’Espagne, où les terrasses s’étirent à l’ombre des palmiers, face aux façades colorées de la ville. Anyhelo nous accueille. Nous optons de concert pour un Wok végan. Camomille et café au lait terminent le repas. Ensuite, après une course au proche Carrefour Express et un passage à l’hôtel, nous partons, dans la trame temporelle, à la découverte de la cité romaine.


    Augusta Emerita. C’est sous ce nom que la ville fut fondée en 25 avant notre ère, colonie impériale destinée aux vétérans des guerres cantabres. Deux millénaires plus tard, ses pierres parlent encore. Nous nous avançons d’abord vers le Temple de Diane — ou plutôt, comme on le sait désormais, vers ce qui fut le temple du culte impérial. Ses colonnes corinthiennes s’élèvent avec une souveraineté tranquille contre le bleu intense du ciel d’hiver. Les touristes se font photographier à son pied, minuscules, comme pour mesurer l’écart entre leur propre existence et celle de l’Empire. À quelques pas, les ruines du forum provincial s’ouvrent sur un théâtre de pierres et de statues. Des niches abritent encore des figures togées au geste suspendu pour l’éternité, des colonnes à chapiteaux corinthiens émergent d’un mur de briques rouges enchevêtré de glycines nues. Un immeuble de verre et d’acier du XX siècle se dresse en fond de scène, sans gêne, dans une collision de temps qui produit son propre effet saisissant.


    Nous nous dirigeons ensuite vers le grand ensemble du Théâtre et de l’Amphithéâtre romains. Près de notre destination, le promenoir couvert d’une canopée de voiles d’ombrage longe l’imposante façade de brique rouge du musée — et dans le sol pavé, des médaillons de mosaïque rendent hommage à des artistes : l’un d'eux porte le nom de Ludovico Einaudi, comme une note délicate posée sur deux mille ans de mémoire. A l’entrée du site romain, une plaque en mosaïque annonce sobrement : Teatro y Anfiteatro Romanos.


    Nous pénétrons dans une autre époque. Le Théâtre romain s’ouvre devant nous dans toute sa majesté reconstituée. De la cavea, les gradins de granite descendent en arc vers l’orchestra en marbre aux teintes chaudes. La scaenae frons, reconstituée avec ses deux rangs de colonnes de marbre blanc, ses niches à statues, ses architraves — tout cela atteint une perfection presque irréelle sous la lumière oblique de l’après-midi. Nous imaginons aisément les toges, les voix portées dans l’air sec, les applaudissements pour Sénèque. Une statue d’Auguste — Cayo Julio César Augusto, précise le socle — contemple l’ensemble depuis sa niche, le visage serein et lointain de celui qui a tout fondé. L’Amphithéâtre voisin, plus austère, livre ses gradins de pierre massive à l’espace et au silence. Là où les gladiateurs combattaient, où les foules rugissaient, il n’y a plus que quelques visiteurs qui descendent les marches avec précaution, la main sur le garde-corps. La piste centrale, recouverte d’un dallage pâle, reflète le ciel. De l’éperon supérieur, le regard embrasse les jardins reconstitués du péristyle, leurs arbustes taillés, leurs colonnes de briques rouges à moitié debout, et plus loin encore, les ruines étagées qui remontent vers la ville moderne. Le passé et le présent s’entrelacent ici à chaque regard.


    Nous repartons, chargés du parfum des siècles. Plus tard, Lorena est notre hôtesse au café et salon de thé Floco, sur la calle Delgado Valencia, où la terrasse bruisse d’une douce animation de fin d’après-midi, en contrebas d’une grande mosaïque murale aux couleurs vives. Nous nous partageons un muffin chocolat et un autre fourré, genre pastel de nata, en sirotant un thé. Nous allons ensuite découvrir le Pont romain de Mérida — soixante arches de granit qui enjambent le Guadiana avec une patience de deux mille ans, leurs reflets tremblant dans l’eau verdâtre. Une dernière promenade sur la place d’Espagne, où les angelots de la fontaine expriment leur joie en mouvements exubérants dans la lumière dorée du soir, et nous retournons à l’hôtel...



















































































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