vendredi 24 avril 2026

De Ciudad Real à Zaragoza en passant par Madrid — Sue et John...

 

    Nous quittons l’appartement avant neuf heures. Nous nous rendons à pied à la gare de Ciudad Real. Après une semaine de ciel bleu, le ciel est devenu nuageux, comme s’il était morose de nous voir partir. Nous arrivons à destination quinze minutes plus tard. Notre train de 10 h 03 arrivera avec une trentaine de minutes de retard, en raison d’un problème d’infrastructure. Nous attendons dans le hall. Le retard s’accentue. Nous décidons alors de prendre le train de 10 h 21 pour être sûrs d’être en temps voulu à Madrid pour la correspondance vers notre destination finale. Au guichet, une jeune fille courtoise et souriante effectue la vente avec rapidité — elle saisit nos noms et les numéros de notre carte d’identité respective. J’admire les tatous qui ornent ses avant-bras. Le contrôle des bagages se déroule sans difficulté — une chance. Le train arrive avec cinq minutes de retard. Nous montons à bord. Il est bondé ! — Le convoi comporte quatre wagons. Durant le trajet, je lis que la flamme de Nathalie Baye s’est éteinte à 77 ans dans la nuit du 17 au 18 avril. Je lis également que l’acteur Chuck Norris, champion d’arts martiaux, est mort à l’âge de 86 ans, vendredi dernier. Nous mourrons tous — à un âge différent. Dans l’incertitude de cet instant, malgré les conditionnements et les peurs véhiculées par le monde actuel, réaliser ses rêves me semble la voie la plus épanouissante. Au dernier souffle, il est trop tard. 


    Nous arrivons à onze heures trente à la gare de Atocha. Nous nous installons en terrasse chez Dot’s Bakery. J’opte pour un Bocadillo — un sandwich aux graines— au fromage cru, laitue et tomate. Patrick choisit un sandwich végétarien au pain de mie, un croissant et un café latté. Après la collation, nous montons à la plate-forme supérieure. La gare est en travaux. Les bagages sont à nouveau contrôlés ; aucun portique à rayons X en vue pour les passagers. Nous suivons ensuite la file du quai six pour un seconde vérification des billets. Les trajets de ma jeunesse, simples et sans contraintes avant l’embarquement, sont bien loin. Nous montons à bord de la voiture deux dans le train de douze heures cinquante à destination de Marseille Saint-Charles. Dans le carré, nous sommes face à un couple avenant. Nous nous arrêtons en gare de Guadalajara, dont le célèbre Palais de l’Infantado, chef-d’œuvre gothique-isabellin du XVe siècle, fut construit par la famille Mendoza. Il domine la ville avec sa façade ornée de diamants de pierre et de galeries arquées. Les origines de Guadalajara remontent à l’époque ibérique (Arriaca), puis arabe (Wadi al-Hijara au VIIIe siècle), avec un alcázar et une mosquée. Conquise par les chrétiens en 1085 par Alphonse VI, elle reçoit ses premiers fueros en 1133 et devient un centre culturel sous les Mendoza au XIVe-XVe siècle.


    Les fueros sont des chartes médiévales espagnoles accordant des privilèges et libertés à une ville, une province ou une communauté. Octroyés par les rois pendant la Reconquista pour repeupler les territoires conquis, ils incluaient des droits comme l’élection de magistrats locaux, la milice ou des exemptions fiscales.


    Nous bavardons plaisamment durant le trajet avec John et Sue, originaires du Royaume-Uni. Ils affectionnent particulièrement la Turquie, avec un coup de cœur pour Dalyan, une localité de la province de Muğla, sur la côte sud-ouest, entre Marmaris et Fethiye. En Italie, ils ont été captivés par Civita di Bagnoregio.


    Imaginez un joyau médiéval suspendu dans le vide, défiant le temps et la nature : Civita di Bagnoregio, « la ville qui meurt », perchée sur un promontoire de tuf érodé dans le Latium italien. Née des Étrusques il y a plus de deux mille ans, elle a rayonné sous Rome et les papes, berceau de saint Bonaventure, avant que séismes et calanchi — ravins d’argile érodés par l’eau — ne chassent ses habitants vers Bagnoregio voisin au XVIIe siècle. Pour accéder à ce mirage sur falaises, il convient de suivre un accès exclusif, un pont piéton de trois cents mètres — ou un tunnel secret. Les ruelles labyrinthiques serpentent entre maisons de pierre, église San Donato du XIIe siècle et grottes étrusques. Civita n’est plus un lieu, c’est un poème géologique – fragile et éphémère.


    Le train entre en gare de Zaragoza Delicias à 14 h 35. Nous saluons Sue et John. Je leur souhaite le meilleur. Cette rencontre m’a enchanté — je me suis senti proche de ce couple de seniors, charmant et amical, globe-trotteurs tout comme nous sur notre belle planète.


    Dans les minutes suivantes, Juan Carlos nous emmène— à bord de sa Seat León blanche — vers le centre-ville de Zaragoza. Nous passons à côté du Parque de Macanaz et du Parque del Tío Jorge : deux sites à découvrir prochainement. Juan nous dépose à l’entrée de la ruelle piétonne où se situe notre prochain chez-nous temporaire : Calle de Basilio Boggiero. José arrive quelques minutes après nous. Il nous donne les clefs de l’appartement. Nous nous installons…
























Guadalajara : Palais de l’Infantado




Civita di Bagnoregio 

Civita di Bagnoregio 













2 commentaires:

  1. It was lovely to meet you both the other day. Made our journey so much more interesting and enjoyable. So good to meet people enjoying life so much. I really enjoyed reading your blog especially about Civitavechia de Bagnoregio. I hope you don't mind me following your journey. Hope you enjoy Zaragoza and I look forward to finding out where you go next. S&J x

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dear Sue,

      What a joy to find your words on our blog, which we keep as a ship’s log — at once a record of memory and a compass bearing. Your presence among our readers touches us sincerely, and Patrick and I are delighted that you have chosen to follow our journey.

      That chance encounter — as the finest ones so often are — brightened several hours of our road. It is rare to come across souls who travel with the same appetite for the world, the same openness to whatever each day holds in store. You and John are most certainly among them.

      It is indeed thanks to the two of you that we have decided to make a detour to Civita di Bagnoregio this summer — that suspended city where the hand of man and that of nature seem to have reached an almost miraculous accord. We are most grateful to you for it. We shall set off on the 15th of June from Auch, in the Gers in France, having paid a visit to Josiane, a long-standing friend, before taking to the road and the railway towards that wonder you unveiled to us.

      Should you feel the inclination to correspond from time to time — about your own wanderings or about ours — you are most welcome to write to me at : andre.vuargnoz@gmail.com

      We wish you both, John and yourself, many beautiful discoveries ahead — may each stage of your journey hold those small surprises that make travel a way of being in the world.

      With warmest regards,

      André

      Supprimer