Après une tortilla, appréciée chez nous au déjeuner, Patrick et moi partons nous promener dans le centre-ville historique de Ciudad Real. Nous rencontrons, au détour d’une rue ouverte sur le passé, Don Quichotte et Dulcinée qui nous sourient comme des ombres échappées d’un rêve chevaleresque. Lui, frêle sur Rosinante aux os de brume, l’épée au clair sous un ciel de La Manche où les moulins dansent encore en géants farceurs ; elle, Aldonza transfigurée en fée aux yeux de miel et de vent, Dulcinée l’invisible muse dont le nom chante la douceur infinie, un écho de “dulce” qui fait fondre les armures.
Nous marchons à leurs côtés, Patrick et moi, dans ce Toboso spectral où les champs de blé murmurent des serments d’amour platonique. Don Quichotte, ce hidalgo nommé Alonso au cœur enfiévré de romans oubliés, nous conte ses assauts contre les titans de toile, ses quêtes folles pour elle, sa dame sans visage ni toucher, née d’un coup d’œil volé à une paysanne aux mains de terre. « Elle est ma lumière, messires, ensorcelée par des mages jaloux ! » s’exclame-t-il, tandis que Sancho, tapi dans l’ombre avec un clin d’œil complice, agite son âne comme un sceptre de réalité tangible.
Et Dulcinée rit, un rire de cascade enchantée, nous invitant à chevaucher l’illusion : ses cheveux sont des rivières d’or, son souffle des roses sauvages, et dans ses silences, Cervantes lui-même tisse le fil d’un idéal si vif qu’il perce les nuages. Patrick, ému, offre un bouquet de champs éthérés ; moi, je grave leurs noms sur le pavé du temps via mon iPhone.
Ainsi, dans cette rue-passage vers l’éternel, nous devenons écuyers de leur ballet abracadabrant et sublime, où la folie triomphe de la grisaille, et l’amour, même imaginaire, embrase les étoiles…




















































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