samedi 11 avril 2026

Faille temporelle...

    Patrick et moi, dans une faille temporelle, rencontrons Maimónides, le sage cordouan né en 1135 au cœur de l’Al-Andalus, assis sur son socle de pierre dans la Plaza de Tiberíades, un livre ancien à la main, ses babouches dorées luisant sous le soleil andalou. Fuyant l’invasion almohade qui ravage Córdoba en 1148, il nous confie ses tourments d’exil vers Fez puis vers l’Égypte, où il deviendra médecin de Saladin, nagid des Juifs et auteur immortel de la Guía de los perplejos, réconciliant foi et raison dans un monde déchiré par les persécutions.

    Maimónides fut nommé nagid en Égypte vers 1171, exerçant un pouvoir quasi royal : il nommait les juges (dayyanim), gérait les affaires communautaires et représentait les Juifs auprès du sultan (comme Saladin), unifiant même les groupes rabbiniques, caraïtes et samaritains sous son autorité. Cette fonction alliait leadership spirituel, judiciaire et politique, reflétant la sagesse pratique du philosophe.

    Une anecdote émouvante et éclairante sur Maimónides concerne sa générosité envers les captifs juifs de Bilbéis (Égypte, vers 1168). Alors que les Croisés assiégeaient la ville et prenaient les Juifs en otage pour rançon, lui, fraîchement exilé et sans fortune personnelle, coordonna une collecte auprès de communautés juives d’Égypte et d’ailleurs. Malgré ses propres épreuves — exil, deuils familiaux et charge écrasante comme médecin du sultan Saladin —, Maimónides organisa la rançon, envoya des émissaires et sauva des centaines de vies, accomplissant le mitzvah de pidyon shvuyim (rachat des captifs). 

    Tandis que nous touchons ses babouches pour capter un éclat de sa sagesse infinie, il nous sourit avec bienveillance, nous renvoyant vers notre époque avec l’écho de ces mots venus à mon esprit : « La connaissance unit les âmes au-delà des temps et par-delà les siècles. »









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