À Narbonne, Patrick et moi sommes bien placés pour nous intéresser à Charles Trénet — nous n’avons qu’à lever les yeux quand nous cheminons le long du canal de la Robine : une fresque monumentale à son effigie couvre un mur à l’angle de l’avenue qui mène à la maison de son enfance.
Charles Trénet naît le 18 mai 1913 dans ce qui deviendra sa maison-musée — pour lui, à la fois berceau et source inépuisable d’inspiration. Il en gardera toujours la nostalgie avec la formule bien connue : « Mes autres maisons m’appartiennent, mais j’appartiens à celle de Narbonne. » Sa maison natale, située au 13 avenue Charles Trénet — anciennement rue Anatole France —, demeure bourgeoise du début du XXe siècle, a été transformée en musée en novembre 2000. Derrière ses volets verts, c’est le lieu où s’est éveillée une vocation artistique exceptionnelle. Trénet y a passé ses jeunes années, et les souvenirs accumulés dans cette vieille baraque ont constitué plus tard la matière première de presque toute son œuvre. Le parcours de visite est ponctué de photos, affiches, vidéos, illustrations de Cabu, images 3D — et même un karaoké. Au fil des étages, Trénet lui-même présente son domaine en chansons, évoque son enfance. Une propriété qu’il a gardée et visitée régulièrement jusqu’à sa mort en 2001.
L’histoire d’une de ses chansons culte — La Mer — est presque aussi belle que ses paroles qui existaient bien avant la musique : c’était un « tout petit poème », selon les propres mots de Trénet, qu’il avait composé avant ses vingt ans. Lors d’un voyage en train en 1943, contemplant les paysages autour de l’Étang de Thau, entre Montpellier et Perpignan, la mélodie lui vient — prête en une vingtaine de minutes seulement. Mais Charles lui-même ne croit guère à sa chanson. Il la trouve solennelle, rococo et ne l’enregistre pas tout de suite. Il la propose à la chanteuse Suzy Solidor, qui la rejette : « Des chansons sur la mer, j’en reçois dix par jour ! » Quand il se décide enfin à l’intégrer à son répertoire, en 1944, elle est fort mal reçue. Des chanteurs aujourd’hui oubliés, Renée Lebas et Roland Gerbeau, la chantèrent avant lui. C’est le 25 mars 1946 que Trénet enregistre la version définitive. Le titre devient très vite un succès en France. Adaptée en anglais sous le titre Beyond the Sea par Jack Lawrence, la chanson devient alors une déclaration d’amour et connaît un succès planétaire — interprétée notamment par Bobby Darin, dont la version atteint la sixième place du Billboard Hot 100. Il y a une anecdote savoureuse : un jour, Trénet joue La Mer dans un bar américain. Un militaire lui fait remarquer la beauté de la chanson originale interprétée par Irving Berlin — ignorant que Charles en était lui-même l’auteur.
Tout cela est né à quelques rues de chez nous — ce train Montpellier-Perpignan longeant l’étang de Thau, c’était notre ligne. La mer qu’il voyait danser, c’est la nôtre aussi… La mer, qu’on voit danser le long des golfes clairs a des reflets d’argent…



































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